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 [DIV] Sel, sable, sang et soufre, par C. Souffle Braise

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Raedric Stornfeld
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MessageSujet: [DIV] Sel, sable, sang et soufre, par C. Souffle Braise   Sam 26 Oct - 0:30

HRP : Cet écrit n’est pas une production du Salon mais un écrit de Cleyam. Le Salon a obtenu en HRP la permission de l'auteur de le poster. Le récit est consultable ICI.

Sel, sable, sang et soufre
Par Cleyam Souffle Braise

1

« - Allons, ne va pas nous faire croire que tu n'as rien vu et rien entendu, Souffle Braise ! Tu l'ouvres tout le temps pour ramener ta science ! »

La déclaration s'accompagna du brouhaha des approbations joyeuses des autres soûlards attroupés dans la petite auberge. En signe de capitulation, un pandaren leva ses grosses pattes noires pour apaiser la foule, puis se resservit à boire en attendant que le silence retombe. Il en avala quelques gorgées, mouillant ses babines et sa barbe noire, puis tapa la table avec sa chope pour réclamer le silence. Lorsqu'il eut capté l'attention de son auditoire, il réajusta son ample chapeau gardant son visage dans l'ombre, entretenant ainsi un air mystérieux, et déclara :

« - Alors comme ça, vous avez envie d'en savoir plus sur la grande bataille des Tarides ? Il s'avère en effet que je m'y suis trouvé, à la fin de celle-ci, juste avant que tous fassent route vers Orgrimmar assiégée. »

Il se cala plus confortablement dans son siège, son ample séant faisant craquer le bois gémissant de la chaise, puis poursuivit :

« - Mais toute histoire ayant un commencement, il nous faut revenir un peu en arrière, sur les quais d'une cité bien connue... »


~~~~


Le port de Hurlevent restait fidèle a sa réputation et, comme à son habitude, était bondé de monde, même à cette heure matinale. Nombre de gaillards robustes arpentaient les quais, les bras chargés de marchandises, sous les cris moqueurs des mouettes, tandis que leurs peaux commençaient déjà à se faire tanner par le soleil. Ces derniers mois, l'agitation croissante engendrée par les préparatifs du siège d'Orgrimmar avait décuplé les opportunités d'emplois, ainsi le chantier naval était-il actif nuit et jour, et les quais constamment pleins à craquer de navires venus pour des réparations, du ravitaillement ou pour continuer d'emmener davantage de troupes au front.

Un bâillement grave, dont la sonorité tourna presque au rugissement d'ours, ne manqua pas de surprendre l'un des ouvriers chargé d'acheminer des caisses de munitions à bord de « La Lame de Lothar ». Jusqu'alors absorbé par son travail à bord de la frégate du Capitaine Lewins, le marin bourru tourna la tête pour distinguer l'origine du bruit singulier. Quelle ne fut pas sa surprise ! Il en avait vu de nombreux, en l'espace d'un an d'interventions au sud du globe, mais il ne s'agissait pas là de n'importe quel pandaren. Le souvenir du voyage depuis l'Île Vagabonde jusqu'à la capitale, juste avant la campagne de Pandarie, avait été un moment agréable.

Car c'était bien d'un pandaren dont on parlait, accoutré d'un ensemble de cuir coloré de nuances de vert, d'un chapeau de paille à larges bords masquant une partie de son visage, et portant une épée, quelques tonnelets et une besace dans le dos. Sa démarche tranquille et sa figure inspirant la bonhomie achevaient d'en faire un individu inspirant l'amusement, à défaut de respect, et indéniablement une certaine curiosité. Cela pouvait correspondre à la description de nombreux êtres de cette race atypique, sans doute, mais Cleyam Souffle Braise, brasseur et conteur itinérant, pouvait se vanter d'être quelqu'un pour le moins original.

Une année à traverser Azeroth de bout en bout avait eu pour effet de modifier légèrement le moine, qui se dirigeait à présent en direction du docker en lui faisant des signes amicaux. Il remarqua ses cicatrices sur son museau, le troc de son bâton de marche pour une épée, l'état d'usure avancée de ses frusques, et l'air mystérieux entretenu par son chapeau, dorénavant bien enfoncé sur son crâne, alors qu'il appréciait autrefois le laisser seulement pendre dans son dos. Cela ne sembla néanmoins pas changer ses habitudes joviales, ce que constata le travailleur en aillant le droit à une accolade et à un petit moment de discussion.


Une fois monté à bord du navire, il fut agréablement surpris de voir que l'équipage ne l'avait pas oublié, depuis ce fameux voyage par lequel ses aventures avaient commencées. Il n'était à l'époque d'un brasseur désireux de voir le monde dont il n'avait pu que lire les légendes, et qui n'avait alors pas encore embrassé sa vocation de conteur. Discutant volontiers avec les marins tout en se dirigeant vers la poupe du bâtiment, Cleyam prit des nouvelles de quelques amis, partagea quelques plaisanteries et distribua des poignées de main ( ou de patte ), avant d'enfin pouvoir discuter avec le capitaine.

Edgar Lewins, Capitaine dans la flotte de l'Alliance depuis 15 ans, n 'avait été assigné au commandement de « La Lame de Lothar » que depuis trois mois, à la suite du décès du Capitaine Tiffany Wermay face à la Horde, sur les côtes des Étendues de Krasarang. Il ne connaissait donc cet étrange luron qu'était le moine brasseur Souffle Braise que par le témoignage de ses hommes, et la lettre de recommandation de l'administration de l'Alliance, attestant de ses qualités de combattant. Les deux hommes se saluèrent, selon le protocole de leurs races respectives, avant d'engager la conversation :

« - Cleyam Souffle Braise, je suppose, lança le gradé, image de droiture dans son uniforme impeccable. Nous vous attendions. »

Le capitaine joignit ses mains dans son dos, arborant une posture emprunte de droiture. Il en imposait par son attitude de militaire endurci.

« - Le bonjour, Capitaine, lui répondit le pandaren avec respect, mais sans se départir de son sourire amical, Je vous suis redevable de m'avoir accepté à bord de votre frégate. »

« - C'est un plaisir d'accueillir à notre bord un autre défenseur de l'Alliance, affirma l'officier. Mon second se chargera de répondre à vos questions et de vous informez de ce qui doit être porté à votre connaissance. »

Bien qu'un peu moins amical que son prédécesseur, le capitaine échangea encore quelques mots avec le nouveau venu, avant de s'excuser pour retourner s'occuper des préparatifs de départ. Sous peu, une autre humaine en uniforme, avec un fort accent nordique, s'approcha du moine. Elle se présenta comme le Second Emilia Dawton, et conduisit Cleyam jusqu'à sa couche dans les quartiers de l'équipage, où il put laisser une partie de son paquetage. Il fut également briefé sur la durée du voyage, sur le lieu de leur débarquement et sur la composition des forces présentes à bord durant le voyage.

« - C'est vraiment agréable de vous avoir à nouveau à bord, Cley ! » Fini-t-elle par lâcher, tandis qu'ils remontaient sur le pont du navire.

Le pandaren éclata de rire, et posa sa grosse patte sur l'épaule de la jeune femme. Ils s'étaient déjà rencontré lors du premier voyage du brasseur, et étaient devenus bons amis depuis, s'étant déjà recroisés à plusieurs reprises.

« - Que veux-tu, Emilia. Il faut croire qu'il me fallait boucler la boucle ! Ou bien il s'agit simplement d'un heureux hasard, qui me satisfait pleinement. »

« - Vous avez toujours l'air de pouvoir vous satisfaire d'un rien, constata la brune, en secouant la tête tout en souriant à son tour. Ce genre de comportement est décidément réconfortant, parfois. »

« - Hmpf, pas toujours, pas toujours.» tempéra le conteur.

Son amie tourna la tête vers lui, étant de la même taille que son épais camarade, en haussant légèrement un sourcil. Reprenant son sérieux, elle le conduisit à la surface, puis ils s'accoudèrent à la rambarde du pont, observant l'océan s'étendant à perte de vue, à l'ouest. Ils conservèrent le silence pendant un moment, profitant de la quiétude éphémère de ce paysage, puis la stromgardienne tourna à nouveau la tête vers le pandaren, et l'interrogea :

« - Tu comptes vraiment t'embarquer dans tout ça ? Je sais que tu es capable de te défendre, mais ton peuple n'a pas l'habitude de la guerre, et c'est plus qu'une simple escarmouche, qui se déroule là-bas. »

Constatant l'air inquiet de son amie, et toujours soucieux de conserver ses proches rassurés, Cleyam lui offrit un sourire amusé. Il se retourna pour se retrouver appuyé à la rambarde de bois, la faisant légèrement craquer sous son poids au passage. Enfin, il lui répondit, la fixant de son regard plongé dans l'ombre de son chapeau :

« - J'ai vu bien des lieux, bien des monstres et bien de combats, depuis la dernière fois que nous nous sommes vus. La vie d'aventurier n'est pas de tout repos, dans ce monde, et ce sont souvent les plus coriaces qui y survivent. »

Il s'exprimait comme s'il comptait une nouvelle histoire, une habitude dont il ne parvenait pas souvent à se départir. C'était l'une des parts de sa personnalité qui avait souvent tendance à le rendre soit intéressant, soit irritant pour quelqu'un le rencontrant.

« - Tu as raison, je ne suis pas un tueur de sang froid, et je ne deviendrai sans doute jamais un héros, poursuivit-il. Cela dit, je suis un maître brasseur, Emilia. Les gens l'oublient souvent, car il est plus plaisant de voir en moi un gros conteur un peu toqué. »

Il accompagna son geste en mimant de visser l'un de ses doigts touffus sur sa tempe droite.

« - Pourtant, j'ai déjà tué, et je ne crains pas de devoir tuer encore plus à l'avenir. Je trouve cela en tout point regrettable, mais je suis aussi attaché que toi ou un autre aux principes de l'Alliance. »

Faisant une pause dans sa diatribe, le voyageur aguerri fit le geste de lisser sa barbe, une habitude qu'il tenait de son propre père, qui se complaisait à faire de même. Il ajouta :

« - Ce que je recherche, c'est de connaître l'histoire d'Azeroth. De vivre l'histoire d'Azeroth ! Ce n'est pas en restant toujours bien à l'abri des remparts de Hurlevent que je côtoierai les légendes qui furent, qui sont et qui seront en ce monde. »

Tout en parlant, le brasseur usait d'une gestuelle fournie, tantôt montrant le port d'un ample geste de la main, tantôt désignant des statues de figures historiques ornant des bâtiments de son index.

« - Ainsi, comme toi et tous les braves soldats de notre faction, annonça-t-il, je serai présent dans les plaines des Tarides, le sable de Durotar et enfin les rues d'Orgrimmar. Je me battrai pour nos valeurs, et si j'en ressors vivant, je raconterai aux absents les histoires de bravoure de l'Alliance dans l'ultime chapitre de la guerre contre la Horde ! »

Le silence retomba. Le second Emilia Dawton observa un moment le visage du brasseur combattant, pensive. Elle reconnu en lui Cleyam Souffle Braise, mais le naïf voyageur avide de bière s'était en partie estompé pour faire place à un baroudeur expérimenté et témoin de ses propres histoires de batailles. Elle pesta une fois de plus en son for intérieur de la manière dont cette guerre avait pu les changer tous, s'interrogeant sur les évolutions qu'elle leur infligerait encore avant le dénouement. L'air morne, Emilia observa l'onde, inspira l'air marin chargé de sel, tandis que l'on donnait l'ordre de larguer les amarres, et que la « Lame de Lothar » s'éloignait du port.

« - Prépare ta plume, Cleyam... Sous peu, tu auras toute une épopée à conter... »


Dernière édition par Septimus Kromann le Ven 5 Déc - 11:59, édité 2 fois
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Raedric Stornfeld
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MessageSujet: Re: [DIV] Sel, sable, sang et soufre, par C. Souffle Braise   Sam 26 Oct - 0:31

2

Le moine jovial lança un regard à la ronde, pour observer l'effet que son entrée en matière avait fait sur le groupe. La plupart sirotaient leurs bières en le regardant distraitement, et seuls quelques-uns semblaient s'intéresser à son récit. Il est vrai qu'on avait déjà vu des départs plus épiques.

« - Tu comptes nous apprendre tes techniques de drague, pandaren, éructa l'un des pochtrons les plus enivrés, où tu vas enfin rentrer dans le vif du sujet ? »

La question déclencha l'hilarité de la majorité des individus présents dans l'auberge, Cleyam y compris, ce dernier se permettant de répliquer :

« - Vous savez, ami humain, ma préférence se porte plus aisément sur le doux visage plein de vie des femmes de mon peuple, et sur leurs formes harmonieuses. Je n'ai donc pas la moindre arrière pensée concernant Emilia, bien que je ne nie pas la beauté des demoiselles humaines. »

Sur ces paroles charmeuses, le conteur adressa un grand sourire dévoilant ses crocs blancs aux quelques humaines de l'assistance, lui répondant soit par des gloussements amusés, soit par des reniflements dédaigneux. Il ponctua sa remarque d'une nouvelle lampée d'alcool.

« - Bon, en ce qui concerne le vif du sujet, je vais vous épargner le voyage en bateau, peu intéressant. Passons donc au débarquement ! »

~~~~


Depuis les sinistres événements du Cataclysme, les Tarides n'étaient décidément pas l'endroit le plus facile à vivre sur la surface d'Azeroth. Tout le monde s'accordait là dessus, à moins d'être un grand amateur d'une brousse aride, parsemée de la rare végétation suffisamment résistante pour survivre à un soleil de plomb. Il fallait également apprécier un air suffocant et omniprésent en ces lieux délaissés par les vents et les précipitations. Et, dernièrement, il s'était ajouté à ces conditions le besoin d'avoir un amour invétéré pour les batailles sans mercis opposant la Horde d'Hurlenfer au reste du monde.

Dans ce contexte, il était quelque peu déroutant de constater l'enthousiasme intarissable de Cleyam Souffle Braise, qui lourdement équipé en tonneaux de bière, venait de quitter le port de Cabestan à la suite d'une petite troupe de mercenaires. Il avait fait ses adieux à la « Lame de Lothar » et à son équipage, parti rejoindre le reste de la flotte après s'être ravitaillé dans le port gobelin, à peine quelques heures auparavant. Il venait tout juste de s'associer au groupe, qui s'en allait au front, afin de voir les choses de plus près. Il y gagnait quelques pièces d'or pour le soutien qu'il apportait, et avait ainsi la quasi certitude de rejoindre sous peu les forces alliées.

Il avait l'habitude de se joindre à des compagnies d'aventuriers, pour la plupart animées par des ambiances sympathiques, et dans lesquelles il croisait parfois un des nombreux héros anonymes ayant sauvé Azeroth d'une de ses nombreuses menaces. Il en gardait de bons souvenirs, et repartait presque toujours avec une bonne histoire, ou au moins de quoi se payer la prochaine chambre d'auberge. En retour, ses qualités de combattant, de brasseur et de conteur n'avaient jamais donné d'occasions à ses associés de se plaindre. De ce fait, il était même devenu membre honoraire de certaines de ces guildes de vétérans.

L'équipe se constituait ainsi de Cleyam, qui accompagnait un humain, guerrier de la Lumière ayant survécu à la tragédie de Theramore, une druidesse kal'doreï, un gnome armé d'un fusil et un noble draeneï, répondant à l'appel des éléments. Les motivations de chacun divergeaient, le paladin criant vengeance, l'elfe et le gnome souhaitant rejoindre le reste de l'armée comme Cleyam, et le draenei faisant son possible pour pallier à la passivité du Cercle Terrestre. Toutefois, ils formaient à eux cinq une équipe complémentaire, et tant qu'ils ne se frottaient pas à beaucoup plus nombreux qu'eux, ils n'avaient guère à craindre des kor'krons.

Pourtant, la rivière dont la compagnie suivait le cours vers l'amont se trouvait être un point stratégique, puisqu'elle était le seul accès vers Durotar. La plupart des Tarides étant à présent aux mains de l'Alliance ou des rebelles sombrelances, le fleuve se trouvait de plus en plus défendu, à mesure que l'on se dirigeait vers le Nord. C'est après avoir cheminé quelques heures qu'ils furent confrontés à la première preuve du passage de la guerre dans ces steppes, en l'apparence d'un tas de cadavres étendus dans le sable, laissés aux vautours. Un rapide examen les identifia comme une majorité de trolls, et Aka'byr, leur chaman, identifia des traces de sombre magie élémentaire.

Cleyam aurait volontiers pris le temps d'enterrer les pauvres révolutionnaires, dont le principal motif d’exécution avait été de s'opposer à un tyran. Mais, face à la haine plus tenace de ses collègues quant à l'engeance de la Horde, il se résigna à les suivre en abandonnant les corps aux charognards. A défaut de leur offrir une sépulture, ils eurent en fin de compte l'occasion de punir leurs bourreaux, qui n'étaient pas bien loin. En suivant le sentier serpentant le long du cours d'eau, ils tombèrent sous peu sur un campement d'une escouade de kor'krons, dissimulé derrière un rideau de roseaux, et qui n'avait été trahi que par les traces laissées dans le sable.

La fortune se trouva être de leur côté, puisqu'ils ne furent pas repérés par la sentinelle orque, ce qui leur permit de se préparer au combat. A l'issue d'une discussion stratégique rapide, ils se mirent en position, puis passèrent à l'action. Le pandaren, de loin le plus résistant et le plus susceptible d'esquiver les coups, se porta seul jusqu'au campement, pour faire diversion. Ayant ingurgité un demi-tonnelet d'une liqueur puissante qu'il ne buvait qu'avant un combat, puisqu'il s'agissait d'un alcool surpuissant même pour ses sens, il s'avança en titubant vers les orcs. Tout en traînant des pattes et en dodelinant de la tête, il se mit à brailler une chanson à boire :

« - Et un tonneau de bière, qu'ouvre le brave brasseur,
Qui chante, qui chante, qui chante de bon cœur !
Et un tonneau de bière, pour tous mes frères et sœurs,
Qui chantent, qui dansent, et cela à toute heure !

Et deux tonneaux de bière... »

Il fit tant de bruit qu'il commençait à peine le deuxième couplet, lorsqu'un officier s'avança, dépassant ses hommes d'une tête, caparaçonné dans la sinistre ferraille aux couleurs sombres dont les kor'krons se forgeaient des armures. Tout comme ses semblables, l'orc arborait l'expression fière d'une race conquérante, confiante en son avenir taillé dans le sang, et portait une hache démesurée en guise d'arme. Sa taille et sa posture agressive en faisait un guerrier né, auquel seuls les fous ou les héros pouvaient se mesurer en espérant pouvoir l'emporter seul. Il était toujours difficile de placer le moine voyageur dans l'une de ces deux cases, car au combat, il oscillait souvent entre hardiesse et délires d'ivrogne.

« - Pas un pas de plus, racaille, lui lança l'orc dans un commun guttural, ayant reconnu la langue de sa chanson. Tu ferais aussi bien de déposer dès maintenant ton arme et de te soumettre à Hurlenfer, mais je serai tout aussi satisfait que tu es la bêtise de venir nous affronter ! »

Le pandaren sembla suivre les ordres qui lui avaient été donnés, stoppant à la fois de marcher, de chanter, et même de bouger. Répondant à un instinct guerrier et à un entraînement devenu inné, les soldats kor'krons l'encerclèrent, pointant vers lui leurs armes diverses, certains lui adressant des sourires mauvais, d'autres se tenant près, leur détermination se lisant sur leurs visages. Une bonne partie du visage toujours masqué par l'ombre de son couvre-chef, l'inaction du brasseur lui donnait des airs de gros épouvantail. Loin d'être une bleusaille dans les choses de la guerre, l'officier décida de donner l'ordre d'envoyer ses hommes chercher pour d'autres troupes embusquées, flairant le piège.

C'est alors que, sans doute pour donner du temps à ses camarades, Cleyam déclencha le combat. Sans crier garde, il se remit à se mouvoir d'une manière foudroyante, fonçant tête baissée vers un opposant en face de lui, qu'il renversa en faisant une roulade, sortant ainsi du cercle d'orcs. En se redressant, il dégaina sa lame d'un geste vif pour parer in extremis l'arme d'un adversaire plus attentif que ses alliés. En réponse, il concentra l'énergie de son corps en puissance chi, qu'il fit remonter le long de son bras jusque dans sa main libre. De celle-ci, il envoya un monstrueux coup de poing dont seuls les moines ont le secret, directement dans l'abdomen de son opposant.

Sans comprendre, l'orc fut projeté en arrière, son corps protégé par son armure qui se brisa néanmoins sous le coup, et fit une mauvaise chute le laissant étourdi. Ses camarades se jetèrent à son secours, cherchant à éventrer le brasseur pour venger le soldat mis en déroute. Le pandaren se lança alors dans la renommée Danse de l'Homme Ivre, dont on parlait dans pas mal de tavernes, mais à laquelle on avait souvent du mal à croire, une fois sobre. Pourtant, en titubant comme le pire des poivrots, Cleyam se mit à esquiver ou à parer les coups, de telle sorte qu'on l'aurait cru protégé par la fortune elle-même, tant cela paraissait involontaire.

Il s'agissait bien sur des fruits d'un entraînement uniquement connu des moines maîtres brasseurs, qui permettait à son utilisateur, tant qu'il se maintenait dans cette posture, d'être extrêmement difficile à toucher, même si cela se faisait au défaut de ses propres chances de blesser l'adversaire. En peu de temps, son manège eut le résultat escompté, en attirant l'attention de la troupe d'orcs, frustrée de ne pas pouvoir démembrer une proie aussi insolente. Cette distraction donna en fin de compte l'occasion aux mercenaires d'anticiper une attaque combinée, pour faire mordre la poussière aux sanguinaires guerriers d'Hurlenfer.

Le chaman et la druidesse eurent des difficultés pour utiliser leurs pouvoirs en ces terres souillées par les sombres chamans, ainsi leur incantation fut plus longue que prévu, et n'intervint pas au moment où Cleyam se faisait encercler. Ils parvinrent à leurs fins à force de détermination, et la suite du plan pu ainsi se dérouler comme prévu, en dépit de ce contretemps. C'est de cette manière que, s'évertuant à toucher un pandaren totalement ivre, les orcs s'étonnèrent de voir soudain leurs pieds s'enfoncer doucement dans le sol, devenu plus meuble, tandis que des ronces en surgissaient pour entraver leurs jambes.

Au même instant, le moine au chapeau leur faussa compagnie d'une roulade habile, tandis que tombait au milieu d'eux un engin mécanique tombait du ciel. La bombe à fragmentation tirée par le gnome ingénieur détonna dans un bruit assourdissant, emportant dans une mort atroce quatre kor'krons pris au piège, dont la peau avait été lacérée par du shrapnel. L'attaque combinée n'avait épargnée que trois autres soldats, dont l'officier, qui n'avaient à se plaindre que de blessure superficielles. C'est ce moment que choisi le paladin vindicatif pour se joindre à la mêlée, soutenu par les traits de plomb du gnome, laissant les lanceurs de sort récupérer de leurs sortilèges.

Dans un cri de rage, le guerrier d'élite kor'kron se jeta dans la direction de l'humain, un adversaire bien plus facile à prévoir, et dont la mort honorerait les esprits de ses compagnons défunts. Ses deux subordonnés en auraient bien fait de même, une fois passé l’étourdissement causé par l'explosion, mais c'était sans compter le conteur, toujours en lice. Celui-ci frappa avec force l'un des deux orcs, engrangeant du chi en dépensant son énergie, et dévia la hache du second d'un coup suffisamment rapide d'une de ses pattes inférieures sur le plat de la lame. Il profita du bref récit pour s'envoyer une nouvelle gorgée de sa bière de combat, l'aidant à gagner en chi, puis fracassa ce qui restait du solide tonneau sur le crâne de l'un de ses opposants.

Le malheureux bretteur, le crâne commotionné par le tonnelet en bambou, et les sens agressés par cet alcool trop fort, grogna en lâchant son arme et en saisissant son visage dans ses mains. Cleyam profita de sa désorientation pour le faire tomber en arrière d'un coup de la garde de sa lame, qu'il abattit sur son nez tout en parant un coup de hache dans le même mouvement. Le dernier soldat encore face à lui parvint à encaisser un autre coup de poing énergique, adressant au pandaren un ricanement moqueur. Son rire se termina dans un gargouillement étouffé, tandis qu'il crachait soudain un flot de sang par la bouche.

En effet, ayant profité de l'affaiblissement de ses adversaires tout au long du combat, et profitant d'attaques économisant ses propres forces pour accumuler du chi, le brasseur avait employé l'attaque la plus meurtrière des siens : le toucher mortel. Tout le chi accumulé dans son corps, associé à la force conférée par son breuvage spécial lui avait permis de se mouvoir avec une vitesse et une force telle que sa lame s'était enfoncée dans le cœur du kor'kron, à travers son armure, avant même qu'il n'ait pu seulement voir une esquisse de mouvement de la part de son adversaire. Le regard plein d'incompréhension, l'orc s'effondra aux pieds du pandaren, le regard dur sous la paille de son chapeau.

Après avoir achevé le second orc grièvement blessé et toujours à terre en lui rompant promptement les cervicales, Cleyam eut l'occasion d'observer comment se portaient ses compagnons, notant le silence pesant régnant sur les lieux. Il découvrit la pénible scène des corps côte à côte de Darrek Morpuits, paladin et ancien chevalier de Theramore, et de l'officier kor'kron, baignés dans une épaisse mare formée à partir de leur sang respectif. Aka'byr, le plus érudit en matière de soins dans leur groupe, avait fait son possible pour sauver leur camarade, mais en triomphant de l'orc, il avait subi des blessures trop conséquentes.

Fortement attristés par cette mort injuste, qui privait le paladin d'assister à sa vengeance pour la mort de ses proches à Theramore, le groupe décide de l'enterrer en ce lieu où il triompha d'un lieutenant d'Hurlenfer. Ils abandonnent les autres corps à la faune du fleuve, qui ne tarderait pas à disposer de la dépouille des vaincus, puis entreprirent de reprendre leur route...
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MessageSujet: Re: [DIV] Sel, sable, sang et soufre, par C. Souffle Braise   Sam 26 Oct - 0:31

3

Le silence retombe pour un moment dans la salle, tandis que chacun reprend haleine à la suite de ce récit de bataille. Le conteur y a mis tant d'effort, afin de donner à ses mots un dynamisme semblable à celui d'une vrai bataille, qu'il doit boire à nouveau, mais cette fois-ci pour satisfaire son gosier déséché. Ses gesticulations et ses mots biens choisis lui avaient offert pour récompense l'attention complète de son auditoire, les aigris et les couche-tôt ayant depuis un moment déserté les lieux. Le tavernier, pour sa part, laissait le pandaren captiver sa clientèle, qui consommait sans trop s'en rendre compte, distraite par l'histoire.

Comme pour rendre hommage au décès du chevalier, la plupart des humains présents dans les yeux avaient la tête basse, priant pieusement pour leurs pertes. Il n'y eut pas de questions ou d'interruptions cette fois-ci, et le brasseur put tout à son aise replacer correctement son chapeau, et se replacer sur sa chaise, se préparant à entamer la suite de ses pérégrinations. Son sourire jovial encouragea les buveurs à reprendre contenance, tandis qu'il leur lançait, pour détendre l'atmosphère :

« - Et bien ! Ne faites pas triste mine, mes amis ! Les morts, quelle que soit la divinité auprès de laquelle ils sont partis prendre un repos bien mérité, doivent soupirer à vous voir ainsi les pleurer plus que nécessaire une fois leur deuil passé. »

Il tapa du poing sur la table, parlant avec entrain :

« - Vivez, savourez cette agréable soirée ! Il n'y a que peu de mes histoires qui se terminent mal, ainsi écoutez ! »

~~~~


Après le reste d'une journée passée à errer le long des eaux tièdes de la rivière, dont la largeur trop intimidante les empêchait de s'essayer à la traverser sans l'aide d'un pont ou d'un gué, les compagnons décidèrent de bivouaquer. Il fut décider de s'installer dans un bosquet aux allures d'oasis, dont ils eurent à chasser quelques centaures solitaires, ce qui se fit sans mal. Ils se restaurèrent à partir de leurs provisions, et Cleyam ouvrit pour aider à se remettre de cette dure escapade une bouteille de l'un de ses meilleurs breuvages. Leur cœur un peu plus léger, le groupe fut davantage disposé à discuter.

« - Les agissements de Hurlenfer ont conduit ses parodies de chamans à faire souffrir les éléments sur toute la surface de Durotar et des Tarides, si ce n'est plus ! S'indigna Aka'byr, le chaman du Cercle Terrestre. Je me suis engagé à venir aider à mettre un terme à tout ceci, puisqu'à part notre chef, Thrall, peu des miens semblent disposés à s'attaquer à la Horde. »

« - C'est bien étrange, fit noter Yranie, la druidesse kal'doreï. De tels événements ne sont pas sans rappeler le terrible Cataclysme, qui fit tant souffrir les éléments. Les vôtres ne pensent-ils pas pouvoir faire quelque chose pour libérer les élémentaires de ces « sombres chamans »? »

Le draenei soupira, baissant légèrement sa tête au port altier, avant de s'expliquer :

« - C'est parce que nous sommes un ordre neutre, voyez-vous. Nous ne sommes pas supposés nous impliquer dans la guerre, car cela pourrait créer des tensions entre nos différents chamans, dont les origines sont diverses. »

« - Entre vous et Thrall, c'est un peu loupé, mon ami. » Cette remarque censée été l’œuvre de Grevion, le gnome à la langue bien pendue.

« - Oui, je suppose, acquiesça Aka'byr dans un soupir. Les choses sont bien plus simples pour vous trois, n'est-ce pas ? Vous n'avez qu'a vous joindre dans la mêlée à la suite de l'Alliance. »

Ayant fini de servir à ses camarades un peu plus de son alcool, le maître brasseur décida d'intervenir, sentant la nécessité de nuancer les paroles du chaman dépité. Pour cela, il lui posa une patte sur l'épaule, puisqu'il se trouvait près de lui puis, se posant sur son séant, déclara :

« - Quand bien même nous affrontons un tyran, ou la pire engeance de ce monde ou d'un autre, il n'est jamais facile de prendre les armes, de prendre la route ou de prendre la vie d'autrui. C'est parce que l'on considère la guerre comme une triste nécessité que nous demeurons censés, car celui qui tue avec légèreté est le plus à même de prendre la place des tyrans ou des monstres. »

« - C'est bien parlé, fit noter l'elfe, qui aurait bien voulu rester dans ses bois. Nous ne marchons contre les orcs car nous le devons, pour le bien de nos forêts et de nos alliances. »

« - Tout comme je le fais pour donner la paix aux éléments. » ajouta Aka'byr.

« - Je tue des orcs car ils le méritent. » La remarque du gnome était quelque peu violente, notant sans doute de la rancœur de celui-ci.

« - Je ne défends pas Hurlenfer et ses semblables, notez-le bien, mes amis, s'insurgea le pandaren. Je serai satisfait lorsque justice aura été rendue, et que la « Vrai Horde » aura payé pour ses crimes. Je ne tire juste jamais satisfaction du fait d'avoir ôté la vie d'un être, quand bien même cela est nécessaire et que je ne m'y soustrais pas. »

La nuit se faisait de plus en plus noire, puisque aucune des deux lunes ne s'était montrée dans le ciel étoilé, la Dame Blanche et l'Enfant Bleu devant sûrement danser ailleurs. La conversation devint par la suite plus légère, tandis que chacun parlait à ses camarades de ses terres natales, avec plus ou moins de nostalgie. Pour beaucoup d'aventuriers, la vie d'errance était motivée soit par la soif de découverte, soit par la nécessité d'abandonner son foyer, ce qui conduisait à une nostalgie plus ou moins profonde.

Ainsi Yranie leur parla longuement de la paisible Auberdine, plongée dans les brumes mystérieuses de Sombrivage, détruite par le funeste Aspect de la Mort, puis de sa vie dangereuse en Orneval, où les arbres millénaires devenaient les témoins du sang versé par les enfants de la lune face aux peaux vertes. Elle leur conta la beauté des feux follets errants dans les bois, la multitude de créatures qui vivaient en harmonie dans les bois, la douce chanson des dryades au cœur de la forêt, leurs allures somptueuses, aussi séduisantes que les fils de Cénarius sont puissants. Elle le fit le cœur lourd, car elle craignait la perte de tant de beauté.

Aka'byr, bien que chaman depuis quelques années seulement, n'était pas des plus jeunes. Ainsi leur parla-t-il du Néant, dans lequel il naquit à bord de l'Exodar, puis des nombreux mondes visités et perdus par les siens, traqués sans la moindre pitié par les légions infernales des démons. Il conta leur arrivée sur Draenor, et comment ils avaient cohabité avec les orcs. Il leur expliqua de quelle manière la folie sanguinaire avait conduit au génocide quasi complet de sa race, et comment leur prophète bien-aimé les avait à nouveau sauvé de la mort imminente. Il leur parla de la perfidie des sin'doreï, et de leur chute en Azeroth.

Grevion, quant à lui, parla de Gnomeregan, bien sur. La cité maîtresse de l'ingénierie, dont les rues et les maisons fourmillaient de centaines d'inventions merveilleuses, désormais perdues. Il passa sous silence la terrible perte de la ville, mais leur parla de l'amitié salvatrice des nains, qui les avaient sauvés de l'errance. Puis il évoqua sa tristesse à se trouver si près de ce foyer perdu, et son enrôlement dans l'Alliance. Il leur parla ainsi de la campagne du Norfendre, des batailles dans les Hautes Terres du Crépuscule, de sombres affrontements dans les jungles de Krasarang, et des nombreuses escarmouches qu'il avait pu connaître partout sur le globe, contre des ennemis divers et variés.

Quand vint le tour de Cleyam, il décida de passer sous silence sa vie d'aventurier, de ne pas se vanter des choses qu'il avait pu voir, mais se contenta d'évoquer son enfance paisible sur le dos de Shen Zin Su. Il leur partagea le souvenir agréable de la petite maison familiale, perchée sur une butte, du sourire de feu sa mère, aimante et experte dans l'art des soins, de son père, prodige devant une enclume. Il leur donna quelques anecdotes de son apprentissage des arts du brassage, en parallèle de son entraînement vigoureux de moine. Il alla même jusqu'à leur parler de ses premières vrais nuits d'ivresse, accompagné dans les tavernes d'amis joviales et de jeunes pandarènes à la beauté tout aussi enivrante que l'alcool.

Ces récits les menèrent à conclurent qu'ils avaient tous plus ou moins de bonnes raisons de vouloir stopper Hurlenfer dans sa folle entreprise de conquérir le monde, car ils savaient au moins qu'ils n'accepteraient jamais que le tyran puisse détruire l'espoir de revoir un jour leur foyer intact. C'est fort de cette certitude qu'ils finirent par aller se coucher, afin de prendre un peu de repos en prévision des épreuves que la prochaine aube leur réserverait.
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Raedric Stornfeld
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MessageSujet: Re: [DIV] Sel, sable, sang et soufre, par C. Souffle Braise   Sam 26 Oct - 0:32

4

Quelque peu consolés par cet épisode de calme, la quiétude avait repris sa place dans l'assistance. Tout un chacun, commençant à saisir la manière de conter de l'amical moine, pouvait d'ors et déjà voir venir la suite, qui s'annonçait plus animée. Le brasseur les faisait languir en leur donnant davantage d'informations sur ses compagnons, pour pouvoir ensuite les surprendre avec une quelconque nouvelle péripétie. D'ailleurs, on pouvait deviner au demi-sourire satisfait du bonhomme, qui dévoilait quelques crocs légèrement jaunis mais encore éclatants, que le coup de théâtre ne saurait tarder.

Pourtant, son effet fut ruiné par le fracas de la porte ouverte, à l'entrée, laissant entrer plusieurs inconnus, emmitouflés dans leurs capes pour échapper à la fraîcheur de la nuit. Toutes les têtes se tournèrent vers les étrangers, qui n'en firent pas grand cas et se dirigèrent vers une table dans un coin sombre, sans accorder la moindre œillade à la clientèle. Une serveuse alla s'enquérir de leurs consommations, et comme il semblait qu'ils ne soient pas là pour causer des soucis dans l'immédiat, on s'en retourna vers le moine pour découvrir, stupeur ! Qu'il n'était plus là.

Des protestations fusèrent, les clients s'indignèrent de s'être fait spolier de la fin de l'histoire, et on alla s'enquérir du pandaren auprès du tenancier. Celui-ci déclara que le moine mystérieux avait laissé à sa table de quoi payer ses consommations, et qu'outre cela, il n'y pouvait pas grand chose si le lascar appréciait faire des sorties théâtrales. Il en profita pour râler en indiquant que tous les clients n'étaient pas aussi honnêtes, puisqu'un jeune homme s'était lui aussi éclipsé en profitant de l'agitation, mais sans payer son du. Et tandis que l'on s'interrogeait et qu'on retournait à sa table, légèrement dépité, personne ne remarqua que le groupe mystérieux du fond avait disparu...

~~~~


« - La nuit est fraîche, il est vrai, mais il est toujours agréable de ne pas marcher seul ! »

Cleyam, tout en marchant tranquillement sur le sentier qui sortait d'une bourgade à l'Ouest du Royaume d'Hurlevent, levait la tête vers les deux lunes éclairant sa route. Il pouvait paraître normal qu'un conteur, dont tout le monde s'accordait à dire qu'il était probablement à moitié cinglé, se mettent à parler à des astres. Et si vous lui aviez fait remarquer, il vous aurait sûrement rétorqué que la prière n'était pas si éloignée de ce dialogue voué à l'échec. Pourtant, il s’avéra que la véritable cible de cette phrase à l'aspect anodin était le jeune homme qui le suivait de loin, et qui accéléra donc le pas pour se trouver à sa hauteur, se sachant démasqué.

« - Désolé de vous avoir suivi, maître brasseur ! »

Ce fut par ces mots que Valek Fyrin s'annonça au pandaren, qui poursuivait sa route d'un pas paisible. Il lui appris rapidement son nom, sa profession d'apprenti tanneur, et le félicita pour son récit. La démarche du jeune homme fit rire Cleyam, qui lui « pardonna » de l'avoir suivi, et qui lui permis de continuer ainsi autant qu'il le souhaitait, puisqu'il ne se jugeait pas le maître de la route, et qu'il était sincère en disant apprécier voyager accompagné. Lorsque l'adolescent l'interrogea sur son départ précipité de la taverne, dans laquelle il se trouvait lui-même peu de temps auparavant, le brasseur jugea l'air innocent du gamin suffisant pour lui dire la vérité :

« - Figure-toi, jeune ami, qu'à force de courir les routes, les villages, les villes, les forts, les ruines et mille autres lieux, il est inévitable de se faire quelques ennemis. Ainsi, les inconnus qui sont rentrés en dernier sont des pilleurs de tombes dont j'ai déjoué les plans à force de persévérance, et avec l'aide d'une naine appartenant à la Ligue des Explorateurs, dont la vie avait été mise en danger par ces mêmes scélérats. »

Valek, déjà un peu moins rassuré, jeta un regard par dessus son épaule, et fit son possibl pour se maintenir à la hauteur du vétéran.

« - Et ces gars, ils ont décidé de vous poursuivre jusqu'ici ? »

« - Oui, il semblerait, acquiesça le brasseur. Il est regrettable que le Reliquaire est les moyens de se payer des hommes de main, même auprès des humains. »

« - Et vous pensez qu'ils vont nous suivre ? Qu'ils savent où vous êtes ? »

« - C'est fort probable, Valek Fyrin. Je n'en serai nullement étonné, en tout cas. Mais il n'est guère important de s'inquiéter plus que de raison de ces assassins. Ils n'en pas le moins du monde après toi, et je crois être capable de les tenir en respect. Et puis, je crois bien que si tu es venu jusqu'à moi, c'est pour entendre la suite de mon histoire, non ? »

Valek eut un rire nerveux, et se gratta la nuque, gêné que sa requête aux allures quelques peu enfantines ait été devinée par son interlocuteur. Toutefois, le ton assuré et les paroles rassurantes de Cleyam suffirent à lui faire oublier temporairement les tueurs, et à lui rétorquer :

« - Oui ! Une fiction aussi agréable mérite qu'on en entende la fin ! Vous avez un esprit créatif assez incroyab... »

« - Comment ça, une fiction ?! S'exclama le pandaren en clignant des yeux, son éclat de voix faisant s'envoler quelques oiseaux de leur arbre. Ce que je raconte me concernant, ce n'est jamais inventé, enfant impudent ! J'ai réellement été dans les plaines des Tarides, et j'ai vécu ce que je compte, pour que la mémoire de mes aventures et de mes compagnons ne soit pas perdue ! »

« - Je.. c'était une plaisanterie, messire moine ! »

Le garçon semblait terrifié, se demandant si son trait d'humour allait lui valoir un coup de la fine épée sanglée dans le dos du voyageur, entre deux tonnelets, et qui avait servie à égorger un orc faisant deux fois sa tailler de jeune homme. A cette annonce, le pandaren éclata d'un rire tonitruant, sa grosse voix grave et son hilarité à la sonorité évoquant l'ours provoquant un vacarme conséquent. Il envoya une tape amicale dans le dos de son plus fidèle auditeur de la soirée, qui manqua de s’étouffer en sentant ses poumons se vider.

« - Buahaha, vous les humains, vous avez vraiment le don de jouer avec le second degré ! Un peu plus et je croyais que tout le monde me prenait pour un menteur ! Allons, ton trait d'esprit te donne le droit d'entendre la suite du récit ! Après tout, j'ai parlé de sel, de sable et de sang, mais il ne faudrait pas oublier le soufre ! »
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MessageSujet: Re: [DIV] Sel, sable, sang et soufre, par C. Souffle Braise   Sam 26 Oct - 0:32

5

Le lendemain, le groupe chemina toujours plus au Nord, longeant la rivière en espérant sans cesse trouver un moyen de joindre l'autre rive. On pouvait entendre dans le lointain, répercuté par l’écho entre les collines, le fracas des armes, des cris, de résidus de sortilèges et de nombreuses autres signes de bataille. Il était impossible de situer l'origine de affrontements, puisque les bruits semblaient sans cesse s'élever et s'éteindre de plusieurs directions différentes, comme autant d'escarmouches livrées dans le pays. Dans le ciel, dominé par un soleil cruel, les nuées d'oiseaux voraces observaient, faisant des cercles en attendant le début des festins journaliers.

Le hasard, ou tout autre déité facétieuse s'intéressant au destin des aventuriers, les conduisit néanmoins jusqu'à un pont improvisé au dessus de la rivière, de longues planches de bois sommairement posées en travers des eaux, dont la taille laissait supposer qu'il s'agissait autrefois d'une portion des forêts d'Orneval, si chères au cœur de leur coéquipière elfique. Yranie jura dans sa langue, prononçant quelques mots profondément insultant à l'égard des peaux vertes, puis...

~~~~


« - Est-ce qu'elle est belle ? »

« - Hein ? »

« Je veux dire, est-ce qu'elle est belle, Yranie ? C'est une kal'doreï après tout ! »

Le moine passa une patte sur son visage, sous son chapeau. Il se saisit avec des gestes calculés de la gourde au style pandaren, accrochée par un cordon, tel un pendentif démesuré, autour de son cou. Il la débouchonne et console sa langue interrompue en goûtant à son délicieux breuvage, puis la remet en place. Il jette ensuite un œil de par dessous son chapeau, au gamin l'ayant interrompu, marchant toujours à ses côtés et semblant vivement attendre une réponse. Il fait claquer sa langue, preuve d'un léger agacement, puis déclare :

« - Bien sur qu'elle était jolie, la petite Yranie ! Douce et pâle comme la Dame Blanche, farouche comme une panthère, et dotée de la même démarche féline ! Mais nous ne sommes pas là pour parler des atouts des demoiselles elfiques, bon sang ! Cela ne se fait qu'après bien plus de tonneaux ! »

Il grommelle un moment.

« - Bon, cesse de détruire mes effets et d'interrompre mon récit pour des choses futiles, et poursuivons ! »

~~~~


...puis consentit malgré tout à user de ce pont de fortune, considérant cela comme une dernière aide apportée par ces puissants êtres à la forêt et à ses défenseurs. Ils posèrent ainsi le pied en Durotar, qui ne se distinguait réellement des Tarides que par le fait que la couleur du sable s'approchait davantage de celle du sang, et que dans le lointain, on pouvait sentir l'iode et l'air marin chargé en sel. Ils estimèrent s'être aventuré assez loin pour ne pas risquer de tomber dans l'arrière-pays, mais pas assez pour tomber nez à nez avec la capitale, ce qui leur convenait. Ainsi, ils firent le choix de poursuivre leur périple vers l'est, même si ce fut pour une courte durée.

En effet, sous peu, ils sentir l'odeur de soufre se substituer à celle de sel, et finirent par débusquer, grâce aux talents de pisteur du gnome, l'entrée d'un gouffre. Celui-ci se trouvait à l'extrême Sud d'une zone semblant totalement inondée, dont l'odeur de sel provenait jusqu'alors ( l'eau étant celle ayant fait débordé le fleuve depuis la mer, lors du Cataclysme ). Ils constatèrent que le gouffre, miraculeusement épargné par les eaux, descendait en pente douce jusqu'à l'entrée d'une caverne. A moins de tomber dessus à quelques mètres, il était parfaitement impossible de remarquer cette enclave fort bien soustraite aux yeux du monde.

La curiosité l'emporta sur l'envie de rejoindre le reste des troupes, ainsi les quatre compères s'avancèrent-ils prudemment vers l'ouverture béante dans la roche, constatant que l'obscurité et l'odeur désagréable formaient leur seul accueil. Bientôt, un nouvel écho, celui de psaumes récités dans une langue qu'Aka'byr reconnu comme étant une étrange variante du kalimag, se fit entendre. Il leur confirma également qu'il sentait une légère magie élémentaire malfaisante, provenant du gouffre, ce qui acheva de les convaincre de partir mettre fin aux méfaits commis dans la caverne.

Ils se protégèrent des émanations de gaz toxique grâce à des masques de leur compagnon gnome qui, bien qu'aux tailles pas toujours adaptées, faisaient leur office. Ils se frayèrent un chemin à travers un corridor enfumé, marchant les uns à la suite des autres, Cleyam en tête suivi de Grevion, Aka'byr et Yranie. L'épreuve ne fut pas si éprouvante que cela, une fois la question du gaz résolue par leur ami débrouillard. Ils se surprirent à bientôt arriver dans une nouvelle partie de la grotte, où l'air pur était omniprésent, mais dans lequel se trouvait un robuste élémentaire de terre. Sans prendre le temps de se poser de question, Cleyam barra le coup de poing rocailleux qui aurait réduit son camarade le plus petit en bouillie, d'un geste calculé de son poing.

Aka'byr se retrouva malheureusement hors course, lorsqu'il se rendit compte que l'être avait été asservi, et qu'il n'était pas possible de stopper sa folle agression. La situation fut prise en main par Yrannie qui, instruite des principes de l'équilibre et de la balance, en appela aux pouvoirs druidiques du Soleil et des Deux Lunes. D'éclatants rayons de lumière, éblouissants mais ne pouvant blesser que l'oeil de l'adversaire, vers la créature, qui éclata en une pluie de rocs, défaite par la violence du sort. Une fois le combat si subitement expédié, on aida le gnome à se relever, on laissa le temps au moine de boire un coup, puis on reprit les investigations.

Les parois du tunnel étaient de taille inégale, ce qui semblait confirmer l'origine naturelle du gouffre, et pouvait dans un sens justifier la présence de l'élémentaire. Seule l'étrange mélopée provenant des méandres de la roche, et la nature servile de l'être défait, prouvait qu'ils se trouvaient face à un retranchement de l'ennemi. D'ailleurs, lorsque leur expédition les mena dans une nouvelle galerie dans laquelle la lumière du soleil n'avait jamais percé, tout bruit s'arrêta. Le lieu était froid, ce qui faisait un contraste déconcertant avec la surface, et les seuls bruits qu'il leur été donné d'entendre était les leurs, déformés par un léger écho.

Soudain, un son strident se fit entendre, suffisamment puissant pour leur parvenir désagréablement aux oreilles, semblable au cri d'une créature irréelle. Même les plus braves ne purent s'empêcher d'avoir un frisson, mais le son s'estompa aussi vite qu'il s'était manifesté, et la température remonta légèrement. Les coéquipiers de Cleyam oublièrent rapidement cet instant singulier, mais c'est une chose que lui-même ne pouvait s'empêcher de se remémorer, aujourd'hui encore. Ce son n'avait rien à voir avec la Horde, et le sifflement sinistre sonnait comme un mauvais présage...

~~~~


« - Et ce sont, c'était quoi, du coup ? »

Résigné à se faire interrompre sans arrêt et surtout, à voir tous ses effets dramatiques se faire démolir les uns après les autres, Cleyam rétorqua :

« - Je n'en ai pas la moindre idée. Ce cri dans les profondeurs de la roche me laisse toujours aussi perplexe, et je crois bien que je ne pourrai jamais l'oublier. Aussi stupide que ça puisse paraître, je crois bien que ce fut l'une des rares fois où j'ai eu si peur. Quoi qui est pu produire quelque chose d'aussi dérangeant, ça ne peut être que mauvais. Mais là n'est pas la question... »

~~~~


A la suite de davantage de spéléologie amateur, le quatuor prudent entra enfin dans le sanctuaire souterrain dans lequel plusieurs chamans sombres de Hurlenfer étaient occupés à asservir des élémentaires de magma. L'odeur de soufre était plus présente que jamais, et les deux créatures rocailleuses et dégoulinantes de lave posaient sur eux leurs yeux flambloyants. Les deux ritualistes, surpris, ne demandèrent pas leur reste et prirent leurs jambes à leur cou, s'enfonçant dans une autre galerie se dirigeant vers le Nord, aux parois plus distinctes, sans doute d'origine orque. Le groupe ne chercha pas à les poursuivre, bien trop occupé à trouver une méthode de stopper les béhémoths infernaux.

La présence d'Aka'byr leur sauva très probablement la vie, puisqu'il pu user de ses dons pour enfermer les créatures dans des prisons élémentaires, ce qui leur donna un répit suffisant pour s'organiser. Grevion fut dépêché pour piéger avec ses explosifs le conduit par lequel les chamans étaient partis, afin de leur garantir un accueil détonant dès leur retour, tandis que Yranie et Cleyam canalisaient respectivement de la mana et du chi afin de se préparer à faire face. Ils voulaient au moins s'assurer que les chamans n'auraient pu l'occasion d'invoquer de nouveaux monstres similaires à cet endroit, que leur propre chaman avait identifié comme étant propice à ce genre de manœuvre contre nature.

La prison élémentaire lâcha avant que le gnome eut terminé son ouvrage, si bien qu'un nouveau combat se déchaîna au centre de la caverne, éclairée par la seule présence des créatures. Cleyam, qui avait eu le temps de s'équiper de son arme de pugilat en forme de patte pourvue de griffes d'acier, et de dégainer son épée, s'élança sur les monstres après leur avoir envoyé un tonnelet, qui éclata sur eux en les aspergeant d'un breuvage visqueux qui ralentit leurs mouvements. Ce geste salutaire lui permit d'user de ses propres capacités d'esquive pour éviter de nombreux coups, s'attirant ainsi la rage des créatures, et détournant leur attention de sa collègue en pleine incantation.

Il commença à tituber autour d'eux en leur portant de temps à autre des coups violents, puis passa subitement dans leur dos, au même instant où la kal'doreï l'avertissait, et qu'un rayon de lune éblouissant se manifestait. Un craquement effroyable se fit entendre, tandis que la fureur astrale arrachait à l'un des êtres de lave un pan entier de on abdomen, ce à quoi la chose répondit par un cri de douleur semblable au son de la pierre en train d'éclater. Cleyam profita de la fragilité de la roche animée pour concentrer son énergie chi, et lui asséner un puissant coup de poing, dont l'intensité fut augmenter par la solidité de son arme de pugilat. Ainsi, à eux deux, firent-ils éclater le premier monstre, tandis que Aka'byr faisait son possible pour apaiser l'autre, où au moins le renvoyer dans son plan.

Entre temps, Grevion revint leur porter assistance, après avoir accompli sa mission, et tira à de nombreuses reprises sur le dernier ennemi debout, appuyé par les sorts d'Yranie et les attaques calculées du brasseur, dont le manège irritant continuait d'attirer l'attention de l'élémentaire. Ils auraient sans doute fini par l'avoir à l'usure, mais auraient essuyé des blessures graves et des brûlures incurables, sans le draenei. Celui-ci termina son incantation et, en l'absence des chamans sombres pour le contrecarrer, parvint à renvoyer la créature de l'abîme brûlant d'où elle était venue par la contrainte.

Sans demander leur reste, mais heureux d'être toujours en vie, l'équipe remonta au plus vite vers la surface, constatant avec satisfaction que les émanations toxiques et que l'odeur de soufre s'étaient estompés, et persuadés que la prochaine équipe de chamans à la botte du tyran ne s'en tireraient pas à si bon compte. Dès lors, leur route vers les campements de l'Alliance sur la ligne de siège autour de la capitale orque se fit sans trop d'embûches. Une fois sur place, Grevion réintégra les bataillons de fusiliers, Yranie se joignit à ses sœurs de bataille, et après quelques adieux, Aka'byr et Cleyam se retrouvèrent seuls.

Le draenei observa un moment les murailles de fer noir s'élevant dans le lointain, l'air sombre, et prit lui-même congé du moine après quelques instants de réflexion. Se retrouvant dans la posture du voyageur solitaire et conscient que le siège durerait encore quelques semaines au moins, Cleyam estima ne pas avoir à rester là beaucoup plus longtemps. Il rencontra sur sa route vers la mer plusieurs connaissances parmi les soldats, partagea des histoires et des coups à boire, et récolta plusieurs anecdotes sur les affrontements dans les Tarides, quasiment achevés à l'heure actuelle. En fin de compte, il embarqua sur un navire d'acheminement de troupes en route vers Hurlevent pour aller chercher davantage de soldats et de matériel pour préparer l'affrontement final, et pu enfin bénéficier d'un sommeil bien mérité, après avoir fait remarquer :

« - N'empêche, je préfère davantage le sel et le sable, que le sang et le soufre ! »
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Raedric Stornfeld
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MessageSujet: Re: [DIV] Sel, sable, sang et soufre, par C. Souffle Braise   Sam 26 Oct - 0:34

Epilogue

« - Et beh, c'est une sacré histoire, ça ! Et vous en avez beaucoup des comme ça ? »

« - Un nombre incroyable, et les miennes sont sans doute les moins intéressantes ! Raconter la légendaire Guerre des Anciens, conter les péripéties d'Arthas Ménéthil, ou remémorer le mythe de la création du monde, ça c'est palpitant ! »

La route des deux comparses les menait à présent de plus en plus au Nord Est, et le pandaren avait emprunté un sentier forestier sans doute abandonné depuis longtemps, qui donnait l'impression qu'ils s'étaient perdus dans la brousse. Valek se gratta la tête, sa tignasse en désordre abritant sans doute quelques poux, réfléchissant à l'aventure vécue par son aîné, légèrement envieux. Voulant se donner des grands airs, et sans doute plaisanter à nouveau, il s’esclaffa :

« - Boarf, c'est vrai que ce n'était pas grand chose, et puis j'en ai vu d'autres ! »

Le pandaren tourna la tête pour regarder la route derrière eux, puis reporta son regard vers le gamin.

« - C'est une bonne chose, car mes poursuivants nous ont rattrapés. Comme je disais, tu n'as rien à voir dans cette histoire, et ils se fichent pas mal de toi. Cours aussi vite que tu peux dans cette direction et ne te retourne pas, ça te ramènera aux environs de ton village. Ne t'en fai pas pour moi ! »

Sans se poser davantage de questions, le pauvre gamin prit ses jambes à son cou et disparu dans les buissons, s'éloignant à tout allure du lieu de la confrontation. Comme s'ils n'attendaient que cela pour surgir des ombres, les inconnus se manifestèrent, encerclant bientôt le pandaren, qui ne semblait pas plus alarmé que de coutume. A vrai dire, ils avaient de drôles d'allures, arborant des tailles, des carrures et des équipements divers. Cela se confirma lorsque les différents individus dévoilèrent leurs traits en faisant tomber leurs capuches, l'air pas si agressifs que cela.

Se trouvait là deux humaines, l'une à l'allure de guerrière, et l'autre en tenue d'ecclésiastique. Avec elles, une pandarène rousse à la tenue primale de chaman, une petite gnomette aux yeux glaciales témoignant de son absence de vie, et un tréant à l'air paisible, sans doute un druide. Ce nouveau groupe hétéroclite avait de quoi surprendre, puisqu'il ne semblait pas y régner d'unité autre que la qualité extrême de leur armement, et les nombreuses traces d'affrontement marquant celui-ci, ainsi que leurs corps. Assez étrangement, quelqu'un passant par là aurait facilement associé le brasseur comme étant membre du groupe, et ne se serait pas senti surpris d'entendre la prêtresse déclarer :

« - Tu es toujours autant effrayer les pécores, à ce que je vois, Cleyam. Sans doute pour entretenir ton aura de mystère à deux ronds ! »

« - Dit celle qui nous oblige à porter des capuches débiles... » grommela la pandarène, l'air bougonne.

« - Bon, on bouge, les gens ? » se plaignit la guerrière, l'air de vouloir tuer quelqu'un au plus vite.

« - Les plantes ne sont pas terribles, par ici » fit noter le tréant.

« - Salut ClayeEeeeEeeeeEeem ! » couina la gnome mort-vivante, l'écho de sa petite voix sépulcrale faisant osciller ses paroles entre le mignon et le macabre.

Le maître brasseur considéra cette équipe étrange avec un grand sourire, dévoilant tous ses crocs, et les salua amicalement. Ils semblaient proches, et n'avaient rien de mercenaires du Reliquaire, qu'il avait de toute manière inventé. C'est qu'il s'agissait d'un groupe qui n'aimait pas trop qu'on le reconnaisse, car la gloire n'était pas leur préoccupation première. Ces individus se trouvaient sur la plupart des lieux où il y avait du grabuge en Azeroth, et se joignaient aux groupes d'aventuriers réglant les soucis de tout le monde. La seule différence à cela, c'est que ces aventuriers-ci préferaient laisser les autres s'attribuer toute la gloire des défaites de monstres géants, piquaient la plupart du butin qui s'en suivait, et s'éclipsaient sans laisser de traces. Un peu comme des nuisibles.

« - On n'a pas trop le temps pour aller faire la bringue toute la nuit, poursuivit la prêtresse, de son langage bourru. Nos activités de cet été nous ont fait perdre quelques éléments capitaux au bon fonctionnement de nos activités. On a besoin de toi, et il faut que nous récupérions de nouveaux éléments. »

« - Je suppose que nous avons Orgrimmar dans le viseur ? » demanda Cleyam.

Son interlocutrice fit non de la tête.

« - La tête d'ogre a foutu le bordel chez tes cousins, pour changer. Il paraît qu'il extrait des saloperies du sol, dans le Val, et que ça conduit à la clef du mystère concernant le Sha manquant et tout le reste. Je crois qu'on est tous d'accords pour dire que le pactole est assuré avec ce genre de gros machins visqueux. On pourra bien s'occuper des orcs plus tard. »

« - Ouais, qu'est-ce qu'ils vont prendre ! » ricana la guerrière.

« - Bien, bien ! Alors, qu'est-ce qu'on attend ? » s'enthousiasma Cleyam.


Par Cleyam Souffle Braise
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