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 [DIV] L'Histoire d'un Diamant

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Raedric Stornfeld
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Date d'inscription : 15/08/2012

MessageSujet: [DIV] L'Histoire d'un Diamant   Mar 22 Oct - 18:17

HRP : Cet écrit n’est pas une production du Salon mais un écrit de "Diamant". Le Salon a obtenu en HRP la permission de l'auteur de le poster. L’écrit provient du forum de la garde de Hurlevent (ICI)

L'Histoire d'un Diamant
Par Diamant

Chapitre 1 :

Le corps de la grande prêtresse s’écroula lourdement dans la fontaine, répandant son sang rouge écarlate dans l’eau clair. Certaines filles serrées autour de moi, étouffèrent un cri, d’autre commencèrent à pleurer, d’autre encore fermèrent les yeux et prièrent. Je restais la plus impassible possible, continuant de regarder le militaire sans broncher. En apparence en tout cas. Dans mon fort intérieur, Je tremblais non pas de peur mais de rage.

La prêtresse avait été comme une mère adoptive, m’accueillant dans ses bras alors que je n’avais que 5 ans ; m’apprenant la musique, la danse, le chant et même à confectionner de petits plats. Elle voulait que chacune de « petites sœurs de Lordaeron », un groupe de jeunes filles orphelines, triées sur le volet, soient élevées dans un apprentissage strict des arts, de l’intellect et de la Lumière. Ces jeunes femmes pouvaient ensuite entrer dans de grandes institutions de recherche ou de croyance et étaient souvent prisées par la haute noblesse pour la grande maitrise de leurs arts. Cependant, la guerre changea tout…

Le militaire me toisa et fit un horrible sourire avec la partie de son visage à moitié en décomposition.
- Tu en veux toi aussi, sale petit rat !
me dit-il de sa voix rauque de mort-vivant en langage humain.
Je ne répondis pas, continuant de le regarder du haut de mes 10 ans. Il leva son épée au-dessus de ma tête pour m’impressionner, les filles autour de moi
étouffèrent quelques cris de peur. Je ne bougeais toujours pas, me mordant la lèvre inférieure pour ne pas lui hurler ma colère.

Soudain, un cavalier, caché sous un manteau à capuche, fit irruption sur son énorme destrier noir, un cheval aux yeux blancs vitreux et au squelette apparent. Le soldat se retourna vers le cavalier mystérieux et se redressa au
garde-à-vous. Il lui parla en éructant dans sa langue de mort-vivant, tout en me désignant du doigt. Le cavalier tourna la tête vers moi. Je lui lançais le même regard de haine, que j’avais fait au soldat cinq minutes auparavant.
Le cheval s’approcha nerveusement, mais je ne puis voir le visage toujours caché dans l’ombre de la capuche.
- Quel est ton nom ?
Me demanda le cavalier noir d’une voix puissante et grave.
- Zeljä, lui répondis-je en le toisant .
Il observa un instant le corps de la grande prêtresse tombée dans la fontaine puis son attention revint sur le groupe de filles chouinantes serrées les unes contre les autres.
Je fis un pas en avant et levait la main vivement vers la tête du cheval, en essayant de lui faire peur. Mais les montures des morts-vivant avaient vu bien d’autres horreur que les mains d’une petite fille et le cheval ne bougea pas d’un pouce.

Je criais soudainement ma rage en poussant un hurlement vers le cavalier. Le soldat m’attrapa et me mit sa lame sous la gorge en attendant les ordres de son chef, m’étouffant à moitié sous son bras. Je cru apercevoir un sourire dans l’obscurité de la capuche mais je ne sais aujourd’hui si c’était le fruit de mon imagination. Le cheval bougea de droite à gauche en hennissant, puis après quelques minutes qui me parurent une éternité, le cavalier donna un ordre sèchement en mort-vivant, de sa voix imposante. Il se détourna et partit au triple gallot vers d’autres groupes de soldats en pleine extermination de villageois.

Je fermais les yeux pensant ma dernière heure arrivée, au moins, j’allais rejoindre la prêtresse dans un monde meilleur.
Mais ce jour-là, le destin en voulu autrement, ou devrais-je dire, le Seigneur
Alireth Hales le voulu autrement…

Chapitre 2 :

Finalement, nous avions été enfermées dans les geôles les plus profondes du fort avoisinant. Les cages étaient sombres et froides . Une odeur pestilentielle d’urine et de pourrit flottait dans l’air humide.
Nous étions loin d’être accoutumé à ce genre d’environnement et plusieurs filles ont été malades. Au début, certaines refusaient la bouillie immonde que nous servait notre geôlier, un squelette avec des lambeaux de chairs en putréfactions qui pendaient ici et là. Mais souvent les soldats nous oubliaient et nous avions notre ration un jour sur trois, parfois même une seule fois dans la semaine.

Oublié la bonne éducation ! Les jolies jeunes filles bien élevées se transformaient en bêtes, se tirant les cheveux, se frappant, grognant ou hurlant comme des fauves pour obtenir leur ration. J’observais cette bande de filles, cheveux souillés, vêtements déchirés sentant la merde, se piétinant allégrement. Envolé les bonnes paroles de la prêtresse ! La lumière était bien loin désormais…

Je m’étais installée dans un coin de la prison avec la plus grande des filles : Anaëlle, une brunette bouclée de 14 ans. Une fille solide mais effrayée qui avait cependant compris ma détermination à vivre. Elle me servait de garde du corps et quand j’allais chercher les rations, elle protégeait notre territoire en montrant les dents.

Au bout de plusieurs semaines de régime intense, les plus faibles perdirent tout sens de la réalité, d’autres tombèrent malades, ne bougeant même plus de leur paillasse. C’est au moment où je vis Anaëlle s’effondrer à mes pieds, les os saillant sous sa peau crade et délirante dans une fièvre qui ne laissait supposer aucun doute sur la finalité de son état, que je réagis enfin à la situation. Je posais Anaëlle en chien de fusil dans notre petit coin, la recouvrant de la paille souillée se trouvant autour de nous et je m’accroupis à ses côtés en fermant les yeux. Les prières à la Lumière avaient disparu, je ne me rappelais aucun mot, mais la volonté était toujours là.

Je sentis une petite main attraper l’écuelle d’Anaëlle, j’ouvris les yeux lentement. Une petite fille de 7 ans, certainement blonde sous sa masse de cheveux noirs de crasse, essayait de s’approprier le seule bien d’Anaëlle. Rassemblant les dernières forces qui me restaient, j’attrapais la petite par la gorge et la clouait contre le mur, bien visible devant tout le groupe.

Toutes les filles se retournèrent vers nous. Je ne lâchais pas la gamine des yeux et dis lentement d’une voix forte qui me demanda un grand effort :

« Vous allez me donner toutes vos écuelles, sans exception… la première qui ne m’obéit pas, je la tue »

Un moment se passa où la petite se trémoussa légèrement contre le mur, essayant sans succès de se dégager. Je ressaierai l’étreinte pour l’étouffer un peu plus. Elle se mit à pleurer et donna sa gamelle. Je la pris et me retournais lentement. Toutes les filles me tendaient leur gamelle, les yeux baissés.
C’est à partir de ce moment, que je rationnais tout le monde dans un ordre et un calme quasi militaire. Quand une fille se révoltait, je n’hésitais pas à faire un exemple en le battant à mort. Bientôt, plus personne ne broncha et toutes les filles sans exception avaient leur ration d’eau et de nourriture, que je distribuais dans le calme.

Quelques jours après cette prise de pouvoir, le geôlier arriva en pleine journée. Il m’attrapa par le col et me traina en dehors de la cage. Je jetais un coup d’œil vers Anaëlle qui mourrait à petit feu sur le sol bouillassé. Le petite blonde me fit un signe de tête et me remplaça à son chevet. Je vis toutes les filles me regarder sortir d’un air désespéré. J’eu le temps de leur dire :

« Ne vous inquiétez pas, je ne vous abandonne pas »

« Fermes la ! » m’ordonna le squelette en me poussant vers l’escalier.

J’eu du mal à gravir la multitude de marches qui m’emmenèrent vers le sommet du fort. Le souffle court, j’entrai dans une vaste salle, richement ornementée de tapis, de tentures et sculptures.

Le cavalier noir se dressait devant moi, appuyé à une vaste table en bois exotique, toujours habillé de sa cape dont la capuche cachait son visage dans l’ombre. A ses côtés une silhouette qui me paraissait familière, me tournait le dos, assise dans un fauteuil doré.
Le squelette se mit au garde à vous derrière moi et nous attendîmes dans le silence. Le cavalier se tourna vers nous et me fit signe d’approcher. J’étais pieds nus et les chaines que m’avaient accroché le geôlier, me cisaillaient les chevilles. J’avançais à petits pas, trébuchant à plusieurs reprises mais j’essayais malgré mon état dégoutant, de rester digne.

Le cavalier fit un signe de tête vers le fauteuil. La silhouette se leva et je découvris enfin pour quelle raison elle m’était aussi familière. Je failli tomber à la renverse, la bouche ouverte, je clignais plusieurs fois des yeux pour être sûre de ne pas faire un cauchemar.

Devant moi, se tenait la grande prêtresse mais sa peau était tuméfiée, la chair nécrosée et ses yeux d’un blanc laiteux. Elle ouvrit la bouche, mais à la place de la voix douce que je connaissais, j’entendis un son âpre et rauque :

« Bonjour Zeljä, nous avons beaucoup à nous dire ma chère."

Chapitre 3 :

L’explication et les ordres, car ce furent des ordres, que la prêtresse morte-vivante me donna, furent brefs. Je n’avais pas à discuter et les quelques mots de protestations que je voulu exprimés, furent aussitôt étouffés dans un grondement et un coup de poing sur la table. Je n’avais plus assez de force pour discuter et je n’avais que 10 ans.

J’appris alors que notre enfermement était une épreuve car là où nous allions, la vie serait aussi difficile que dans cette cellule mortelle où nous avions vécu avec mes sœurs d’adoption pendant toutes ces semaines. De cette épreuve, ressortait forcément les plus aptes à obéir, les plus résistantes et forcément… une chef. Ce fût moi. Notre nouvelle maitresse me fît comprendre que j’avais la responsabilité des actes des filles et que notre enseignement allait être « légèrement » modifié. Durant tout ce temps, le cavalier ne bougea pas du fauteuil où il s’était installé. Je sentis son regard, si cet être avait des yeux, me scruter en détail. J’avais l’impression qu’il arrivait à lire dans mes pensées et je fis tout mon possible pour ne pas montrer le dégoût et la haine que je portais à ma nouvelle chef.

Quelques heures plus tard, tout notre petit groupe était dehors. Aucune fille ne me posa de questions, elles me suivaient comme une seule ombre et recopiait mes gestes sans même réfléchir. Des soldats nous jetèrent des couvertures mitées ainsi qu’un sac à dos où nous accumulions des vivres.
Le voyage vers le nord dura plusieurs mois et fut extrêmement pénible. Nous marchions dans la neige et le froid pendant des heures jusqu’à l’épuisement. Avant notre départ, notre nouvelle chef avait utilisé des pouvoirs que je ne connaissais pas pour guérir certaines d’entre nous dont mon amie Anaëlle. Je ne compris que bien plus tard les raisons de son choix.
Au cours de ce voyage, six filles moururent d’épuisements ou de froid mais les soldats ne manquèrent pas de les remplacer rapidement et de compléter notre groupe par de nouvelles arrivantes venant des villages pillés en cours de route. La longue colonne arriva finalement au Norfendre en plein cœur de la région du roi Liche.

Nous fûmes installées dans une masure délabrée que nous avons retapée de nos petites mains au fur et à mesure du temps et de l’énergie qu’il nous restait. Notre chef nous réuni au bout de quelques temps et nous donna notre emploi du temps. Plusieurs petits groupes furent constitués : certaines devaient aller au front, pour distraire les soldats de l’armée du roi Liche pendant que d’autres prendraient des cours avec elle.

Les distractions se résumaient à obéir aux désirs des soldats morts-vivant qui se moquaient allégrement de nous. Nous devions chanter des chansons paillardes, cuisiner de la viande humaine, danser avec certains d’entre eux. Ils se permettaient de nous frapper de temps à autre. Pour eux, nous étions des animaux, tout juste bon à lécher leurs bottes. Ce que je fis, bien malgré moi, un soir à ma plus grande honte devant les yeux d’Anaëlle amorphe et tout aussi fatiguée moralement que moi. Je devais survivre et aider un maximum de mes sœurs d’adoption à tenir le coup.
Peut-être un jour, des humains ou même, au point ou on en était, des orcs, viendraient nous délivrer. Les filles m’obéissaient et parfois, je faisais tout mon possible pour mettre des bâtons dans les roues soit de notre chef, soit des soldats sans qu’ils s’en aperçoivent. Parfois ils découvraient nos magouilles et c’étais moi qui prenais la correction, me dénonçant à la place des autres. Ma chef poussait d’interminables soupirs, je me demande encore comment vu qu’elle ne respirait plus, et me mettait des gifles tout en me psalmodiant les règles de conduite.

La prêtresse continua à nous enseigner les arts mais ajouta une formation bien particulière. Je rejoins cet enseignement quand j’eu douze ans. La classe comprenait cinq filles toutes plus âgées que moi. L’ancienne prêtresse me distribua alors un livre avec des croquis de femmes et d’hommes dans des positions explicites. Je rougis, ce qui fit sourire Anaëlle qui me murmura :

« Il faudra t’y faire, nous ne sommes pas là que pour chanter »

Je compris alors avec stupeur ce qu’attendaient de nous les morts-vivant et pourquoi notre chef avait sauvé certaines et pas d’autres lors de notre départ pour Nordfendre. Elle avait soigné les plus âgés et les plus jolies. La chef me regarda en souriant ironiquement :

« Tu vas moins faire la fière maintenant »

Elle nous enseigna ainsi la séduction, la sexualité mais aussi la psychologie pour savoir devancer les désirs des soldats sans besoin qu’ils s’expriment. Les « petites sœurs de Lordaeron » devinrent donc « les sœurs courtisanes ».
Les premières jeunes courtisanes revenant du front, étaient bien souvent dans un état lamentable aussi bien moralement que physiquement. Tout d’abord, je fus surprise de voir notre chef réagir très mal à cela.
Je compris ensuite qu’elle tempêtait car « on lui abimait ses filles » et surtout qu’elle n’avait pas le grade qu’elle méritait, car être la chef d’une bande d’humaines, c’était la déchéance pour un mort-vivant. Elle était souvent reléguée derrière les autres petits officiers et ne recevait aucune reconnaissance des supérieurs. Une gardienne de porcs, voilà ce qu’elle était pour tous les morts-vivant.

Quand j’eu treize ans, je souris, car sa convoitise à vouloir s’élever dans la hiérarchie allait me servir. Cela changea tout…

Chapitre 4 :

Si notre chef avait cette envie d’élévation, c’était par jalousie. Plus l’officier était gradé, plus il avait de droits, de cadeaux, d’argent et de pouvoir. Elle n’était pas la seule…

J’observais les soldats pendant quelques temps et annotais toutes leurs petites manies dans un carnet que je trimballais dans mon corset.
Puis un soir, je réunis les filles et leur ordonnais de devenir les esclaves les plus disciplinés et agréables que les morts-vivant n’aient connues dans ce monde. Elles me posèrent des questions, se demandant bien où cela les mènera et surtout elles n’avaient pas du tout envie de leur faire plaisir. Mais elles m’obéirent malgré tout.
A leur grand étonnement, les soldats se virent cajolés comme personne. Nous nous mimes à nettoyer leurs armures, leurs cuisinant les meilleurs plats, changeant les paroles des chansons en faisant leur louange. Les courtisanes les plus âgés se faisaient beaucoup plus câlines, acceptant des perversions avec de grands sourires, ce qui en déstabilisa plus d’un. Je fis moi-même des portraits au crayon de certains soldats qu’ils affichèrent avec satisfaction dans leur chambré.

La grande prêtresse d’abord toute aussi surprise de notre comportement, me regarda ensuite d’un œil méfiant, car elle soupçonnait un mauvais coup. Cela dura plusieurs mois et les soldats, ravies que ces jeunes humaines soient à leurs petits soins, se ventaient allégrement dans les tranchées mais aussi dans les bars. Cela vint bientôt aux oreilles des petits officiers, puis des hauts gradés. Nous vîmes débarquer des supérieurs au milieu des camps de soldats, vérifiant les dirent de leurs subalternes. Que les petites frappes et la chair à canon de leur armée aient quelque chose qu’ils ne possédaient pas, les énerva beaucoup.
Notre chef fût convoquée à un conseil d’officiers pour s’expliquer. Elle pût enfin s’exprimer avec grande joie pour la première fois et le soir même, six mois après avoir commencé notre révolution clandestine, nous fûmes transférez dans une grande maison attenante à celle des officiers.

La vie devint plus facile. Les soldats n’avaient plus aucun droit sur nos personnes, de jeunes pages étaient à notre service pour nous apporter tout ce dont nous avions besoin et nous nous aperçûmes très vite que, bien que nous restions des courtisanes, les officiers étaient moins violant avec nous. Car nous n’étions plus des porcs, mais des objets de convoitises, de collections, un peu comme de splendides montures que chacun comparaient ou se disputaient.

Au début, nous fûmes installés au premier étage, dans un grand dortoir sur l’aile droite de la maison. Le second étage était composé de plusieurs immenses chambres qui nous étaient pour l’instant interdites. Plusieurs mois passèrent où notre éducation devint plus raffinée et adaptée aux seigneurs morts-vivant ainsi qu’à leurs alliés. Les plus âgés avaient chacune une spécialité et l’année suivante, la prêtresse nous réuni toutes lors d’une soirée. Les plus jeunes restèrent debout alors qu’elle installa les plus âgés autour d’une grande table.

La chef nous expliqua, grand sourire désagréable aux lèvres, que désormais il y aurait une caste. Elle commença à dérouler des parchemins signés par chacun des officiers. Chaque courtisane aura un protecteur. Elle appartiendra à un officier en exclusivité contre une rémunération à la maison des « sœurs courtisanes ». Elles seraient elle-même rémunérée en fonction de leur comportement et du bien-être qu’elles apporteraient à leur protecteur. Elles auraient une chambre au second étage avec tout le confort dont elles auraient besoin : vêtements, bijoux, livres, musique, objets divers et variés…. Une liste longue comme le bras et que toutes les filles regardèrent avec des yeux ronds, émerveillés et excitées.
Moi je ne déviais pas mes yeux verts de ceux de la prêtresse. Elle me dévisagea. Je n’avais pas pensée que ma petite astuce allait dégénérer aussi loin et je compris en un instant que la prêtresse avait profité de cette faiblesse. Elle me lança furtivement un sourire ironique et je me dis à cet instant que j’avais commis une faute. J’avais sous estimé l’intelligence de la prêtresse et j’allais certainement le payer très cher.

Elle lut les noms des filles et des protecteurs associés, tous, un à un, sauf le mien.

La prêtresse roula les contrats puis sortie de la pièce sans un mot. Toutes les filles se retournèrent vers moi. Certains regards se durcirent, des sourires moqueurs se dessinèrent et des poings se crispèrent. Anaëlle me sera la main sous la table, les yeux embrumés de larmes. Je venais de perdre mon statut de chef…

Chapitre 5 :

Une en particulier m’en voulait. Une grande brune dégingandée de 17 ans, aux os fins, aux mains griffus comme deux serres et aux petits yeux noirs qui exprimaient bien toute la haine qu’elle avait pour moi et mes idées lumineuses. Herinne. Une victime de la guerre comme nous toutes. Mais une sacrée chieuse quand même. Elle faisait partie des remplaçantes volées sur le bord de la route. Je l’avais mise au pas comme les autres, pour son bien… mais elle ne l’avait malheureusement jamais vu de cette façon.

Curieusement, malgré sa beauté fanée et son caractère bien trempé, elle fut la courtisane la plus disputée parmi les officiers morts-vivant. Ce qui n’arrangea pas mes affaires. Herinne eut un contrat mirobolant de plusieurs centaines de pièces d’or par semaine pour un des tacticiens en chef, aussi cruel que vilain dans son apparence. Herinne devint la nouvelle chef du groupe de filles. La politique de la maison se transforma donc : amusez-vous, prenez l’argent dont vous avez besoin et que la meilleure gagne. Piètre tableau que voilà !

Pendant que ces demoiselles se pavanaient dans leurs beaux habits aux bras des soldats qui avaient tué leurs familles. Je devins leur bonne. Toute la journée, je récurai les sols, je préparais les repas, je lavais leur linge et me faisais insulter en douce par toutes les minettes qui étaient du côté d’Herinne. Pendant qu’elles prenaient des bains chauds et mangeaient à leur convenance, je mourrai de froid dans la remise où la prêtresse avait installé ma couche et rongeais les os laissés en fin de repas. L’avantage quand on est une moins que rien, c’est que personne ne vous remarque.

Après quelques mois d’humiliation, je pris mon courage à deux mains et je passais à l’extérieur du camp. Aucun garde ne me fit de remarque. Me promenant avec mon panier, je réussi à cueillir des plantes médicinales pour me soigner, poser quelques pièges pour attraper du petit gibier et enfin me nourrir un peu prêt convenablement.

Pour me permettre de souffler de temps à autre, Anaëlle demanda à ce que je la rejoigne une fois par semaine dans sa chambre, soit disant pour lui donner des cours de dessin. En réalité, c’était pour bavarder et prendre un peu de repos. Dans sa chambre, à l’abri des regards, je pouvais me laver, lire quelques livres, jouer de la musique, manger convenablement, sans que personne ne le remarque, jusqu’au jour où …
Herinne déboula dans la chambre. Elle resta un instant interloquée. Puis referma la porte doucement en plissant ses petits yeux de vautours. Elle voulu faire du chantage mais n’insista pas trop car Anaëlle était plus âgée et plus costaude d’une part et avait réussi à devenir, on ne sait trop comment, la propriété du bras droit du commandant, donc un peu prêt intouchable. Herinne éructa donc quelques mots grossiers, me cracha à la figure et s’en alla en coup de vent quand Anaëlle brandit le poing.

A partir de ce moment, nous craignîmes qu’Herinne ne dévoila notre secret, mais le temps passa et nous n’eûmes aucune retombée de cette histoire. Enfin, c’est ce que je crue.

Un matin, très tôt, juste après mes quinze ans, un grand ramdam me vint de l’extérieur de la remise. Je passais la tête, encore toute ensommeillée. Deux squelettes poussaient Anaëlle dans un coche et un troisième était en train d’attacher une grosse malle à l’arrière. Anaëlle poussait des cris et ne voulait visiblement pas monter dans la voiture. La prêtresse arriva en courant, suivi par un grand soldat avec un masque en fer. La prêtresse tapota dans ses mains et prit une petite voix fluette comme si elle parlait à une enfant.

« Allons ! allons ! Ne fait pas d’histoire Anaëlle ! Monseigneur *elle fit un grand sourire au soldat* nous a fait une très intéressante proposition pour ta garde. C’est un grand chef et tu seras choyés, que veux-tu de plus ? »

Anaëlle ne put répondre, les deux squelettes la poussèrent de force dans le coche.

« Elle a du caractère ! J’aime ça ! » brailla le soldat en sortant une énorme bourse qu’il planta dans la main de la prêtresse, pliée en quatre devant lui.

La voiture partie au grand galop, le soldat sauta sur sa monture et tout ce petit monde était déjà à plusieurs mètres alors même que je courrais après en criant le nom de mon amie, des larmes dans la voix. Je m’écroulais à genoux, au milieu de la cours. Derrière moi, la voix aigrelette d’Herinne plaisanta :

« Comme ç’est dommage ! »

Je tournais la tête, le visage sombre, vers ma sœur devenue mon ennemie jurée. Elle ne souriait pas. Mais sa jubilation se lisait dans ses yeux.

« Je pourrai devenir ta nouvelle amie… tu ne crois pas ? »

Herinne tourna les talons et s’en alla d’un petits pas alerte, dans sa robe d’apparat, la montagne de bijoux cliquetant sur son corps.
Je levais les yeux vers le ciel et essayait de retenir mes larmes.
Quelque chose vint perturber mon esprit un court instant, je ne savais pas ce que cela était mais ça ressemblait à ce que j’avais ressentie la première fois où j’avais vu la prêtresse en morte-vivante. Cette sensation qu’on lisait mon esprit. Je l’avais ressentie à plusieurs reprises durant toutes ses années mais pas aussi fortement que ce jour-là. Mon regard remplit de désespoir et de colère, obliqua vers le donjon.

L’ombre du commandant se dessinait au bord de la fenêtre. Il m’observait encore…

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